Municipales : après la défaite, l’heure du (...)

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Dans les mairies, la victoire de la droite aux dernières municipales n’implique pas qu’un simple changement de majorité : une partie du personnel est entraîné dans la débâcle de la gauche. Dans 155 villes de plus de 9.000 habitants passées de gauche à droite, nombre de collaborateurs, non-titulaires de leurs postes, sont victimes de l’alternance. Les fonctions à caractère politique ont été les premières touchées. Du jour au lendemain, les membres du cabinet du maire se retrouvent au chômage. D’autres postes stratégiques devraient changer de titulaires dans les semaines à venir. Selon les sources, ils seraient entre 500 et 2000 en France.
« Le soir de l’élection, on ne réalise pas, c’est la fin d’une longue journée et d’une longue campagne », témoigne Anne, directrice de cabinet du maire d’une commune de région parisienne. La ville, ancrée depuis longtemps à gauche, vient de basculer à droite. « C’est le lendemain que l’on prend conscience de ce que représente la défaite. C’est une sensation brutale, même si nous étions prévenus de ce qu’il pouvait se passer en acceptant le poste. Il nous faut, en quelques jours, boucler nos cartons, archiver ce qui peut l’être et dire au revoir aux personnes avec lesquelles nous avons travaillé pendant des années. »
Confiance

Le contrat du collaborateur de cabinet prend fin en même temps que le mandat du maire. Les deux fonctions sont étroitement liées : l’édile choisit directement les personnes les plus proches avec lesquelles il souhaite travailler et qui vont l’aider à accomplir les promesses du mandat. La fonction demande une grande confiance, qui, si elle est rompue, entraîne la fin immédiate du contrat du collaborateur. Aucun de ces derniers, à l’inverse, ne s’imaginerait travailler pour une personnalité politique qu’il ne porterait pas dans son cœur, par exemple en cas d’alternance.

Outre les collaborateurs du cabinet, d’autres postes sont menacés, à moyen terme. Il s’agit de certains postes stratégiques pour le fonctionnement d’une mairie, tels que celui de directeur général des services ou celui du directeur de la communication. C’est le cas de Marc, « dircom » d’une municipalité régie depuis des dizaines d’années par la gauche et venant de basculer à droite. À la différence du collaborateur de cabinet, il ne quitte pas la mairie dans les jours qui suivent l’élection mais à l’échéance de son contrat, qui, dans son cas, arrive prochainement. Il décrit l’ambiance particulière de l’interrègne, entre l’élection et l’installation de la nouvelle municipalité : « Le travail de la semaine porte nécessairement sur l’élection perdue. Nous savons que nous allons bientôt partir : notre but est d’organiser les affaires pour la nouvelle équipe et d’assurer la continuité du service public. »

« À des postes tels que le mien, quitter la mairie est une évidence. La nouvelle équipe n’est pas venue me demander de rester et je n’ai sollicité personne pour obtenir la prolongation de mon contrat. Si notre métier est composé d’un rôle de service public, il y a également une mission de valorisation du projet de l’équipe municipale qui nécessite une confiance réciproque. » Certains possèdent des contrats plus longs qui leur permettront de rester avec la nouvelle municipalité. Mais plusieurs directeurs de services ne seront sans doute pas renouvelés par le nouveau maire qui placera à leur poste des personnes de son choix.

Pas de mercato des collaborateurs

Les syndicats traditionnels ne s’occupent pas de ces salariés du public ne possédant pas le statut de fonctionnaire : seuls les fonctionnaires titulaires bénéficient de leur aide. Pour porter la voix des collaborateurs de cabinet et les représenter, on trouve trois associations. À droite, l’Arcole et Collcab. À gauche, Dircab. Le président de cette dernière, Roger Molkou, prédit que « le cataclysme politique » pour la gauche lors des dernières élections va « engendrer un certain nombre de drames humains, notamment pour les personnes en fin de carrière qui ne pourront pas retrouver de poste ». Le résultat des élections est généralement plus nuancé que ces dernières, et le jeu de l’alternance favorise un « mercato » des collaborateurs entre les différentes municipalités. Cette année, il craint qu’avec le « raz-de-marée de demandes et l’offre extrêmement basse, une grande majorité des collaborateurs ne doivent se réorienter professionnellement ». L’association met à disposition sur son site des offres d’emploi. Trop peu, compte tenu du nombre de personnes en demande. En 2008, le Collectif Tribord se trouvait, dans une moindre mesure, dans une situation comparable, à la suite de la victoire de la gauche. Cette plateforme, conçue pour les collaborateurs de la droite et du centre, propose de mettre en relation maires et personnes à la recherche d’un poste en cabinet. Le site, en sommeil depuis les dernières municipales, vient d’être réactivé. Cédric Vial, qui s’en occupe, s’attend à recevoir bientôt les demandes des nouveaux élus de droite. « Les maires ayant été installés il y a peu, sont en train de constituer leurs équipes », explique-t-il.
« Trouver un projet auquel on croit »

À côté de ces associations, il reste les méthodes traditionnelles. « Nous écrivons des lettres de candidature spontanée et répondons à des annonces comme tout le monde, témoigne Anne, l’ancienne directrice de cabinet. Après, il y a le réseau, même si je n’aime pas fonctionner avec cela : je trouve que cela biaise les relations de confiance. » « La rareté des postes n’est pas notre seule difficulté, poursuit Marc, l’ancien directeur de la communication. Il nous faut trouver une personne, un projet, dans lequel on croit, un territoire pour lequel nous avons un enthousiasme. Compte-tenu de la situation, il est possible que je quitte le public pour le privé. »
Car ce n’est qu’un début, le premier étage de la fusée. Pendant un mois, les intercommunalités vont désigner leurs nouveaux exécutifs, issus du résultat des dernières élections. La gauche devrait à nouveau perdre nombre de majorités qu’elle possède actuellement. Et jeter au chômage de nouveaux travailleurs de l’ombre de la politique locale.

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